Le Maroc signe le traité de l’ONU pour lutter contre la cybercriminalité mondiale

Le Maroc a officiellement signé la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité le 25 octobre 2025, lors d’une conférence internationale à Hanoï, au Vietnam, marquant un engagement décisif en faveur de la coopération mondiale pour lutter contre les menaces cybernétiques. Cette signature place le Royaume parmi les 72 nations ayant approuvé le traité dès son premier jour, marquant une étape importante dans l’effort international continu pour améliorer la cybersécurité, protéger les droits numériques et instaurer la confiance dans les transactions et communications numériques.
Engagement mondial dans la lutte contre la cybercriminalité
L’accord historique, adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies le 24 décembre 2024, est le premier traité international exclusivement dédié à la cybercriminalité. Il vise à unifier les réponses juridiques fragmentées aux infractions cybernétiques dépendantes ou facilitées par le numérique, à soutenir la coopération transfrontalière en temps réel et à standardiser la manière dont les preuves électroniques sont collectées et partagées à l’échelle mondiale.
La convention entrera en vigueur 90 jours après sa ratification par 40 États membres. À la date de signature, le soutien venait déjà de 72 pays, soulignant l’urgence à traiter des menaces cybernétiques de plus en plus transnationales et sophistiquées.
Le rôle numérique croissant du Maroc
La signature du Maroc n’a pas surpris. Le Royaume a joué un rôle actif et formateur tout au long du développement de la convention, depuis les premières phases de négociation jusqu’au projet final. Son implication a débuté avec la création du comité intergouvernemental suite à la résolution 75/282 de l’Assemblée générale de l’ONU, qui a posé les bases de la rédaction de ce qui est aujourd’hui la pierre angulaire de la législation mondiale contre la cybercriminalité.
« C’est un moment historique », a déclaré le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi lors de la cérémonie de signature. « C’est une étape symbolique dans l’action de l’ONU sur la décennie. » Ouahbi a souligné la nécessité d’une coopération internationale renforcée pour améliorer l’accès aux preuves numériques et a appelé les nations participantes à coordonner étroitement leurs efforts afin d’assurer une mise en œuvre effective du nouveau cadre juridique.
Ce que couvre le traité
Le traité établit un cadre solide et inclusif pour tous les pays participants. Les principales dispositions comprennent :
- La criminalisation d’un large éventail d’infractions cybernétiques dépendantes ou facilitées par le numérique, allant des violations de données et rançongiciels à l’exploitation en ligne et la diffusion non consentie d’images intimes.
- Des protocoles standardisés pour la collecte, la conservation et le partage transfrontalier des preuves électroniques.
- La création d’un réseau international de coopération 24h/24 et 7j/7 entre les forces de l’ordre.
- Des engagements pour protéger la vie privée, la dignité et d’autres droits humains fondamentaux dans la lutte contre la cybercriminalité.
Si le traité vise à renforcer les défenses mondiales dans le domaine numérique, il reflète aussi une tentative d’équilibrer avec soin les intérêts de la sécurité nationale et les libertés individuelles à l’ère numérique.
La sécurité numérique au service de la transformation économique
La convention de l’ONU s’aligne étroitement sur l’agenda numérique national du Maroc. Au cours de la dernière décennie, le Royaume a investi dans le renforcement de ses infrastructures de cybersécurité et la mise à jour de ses codes juridiques pour suivre le rythme des avancées technologiques rapides et des menaces transfrontalières. Une combinaison de lois sectorielles, de codes pénal et de procédure actualisés et d’une stratégie nationale de cybersécurité soutient l’approche marocaine pour sécuriser les communications, plateformes et actifs numériques.
Cette anticipation juridique soutient l’ambition plus large du Maroc de se positionner comme un leader régional de l’innovation numérique, de la finance et du commerce. À mesure que les services numériques deviennent plus intégrés à la vie quotidienne au Maroc — de la banque mobile à la e-santé — le gouvernement cherche à garantir aux utilisateurs nationaux et internationaux que la confiance et l’intelligence sous-tendront chaque transaction.
Multilatéralisme et avenir de la cybersécurité
Les partisans de la convention affirment qu’elle illustre comment la diplomatie multilatérale peut produire des solutions concrètes et modernes à certains des défis les plus complexes au monde. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié l’accord de « un instrument puissant et juridiquement contraignant pour renforcer nos défenses collectives contre la cybercriminalité ».
« C’est un engagement », a poursuivi Guterres, « qu’aucun pays, quel que soit son niveau de développement, ne sera laissé sans défense face à la cybercriminalité. »
Cependant, comme tout accord international majeur, le traité a suscité des critiques. Certaines organisations de défense des droits humains ont alerté sur le fait que certaines parties de la convention — en particulier celles relatives à la surveillance et au partage des preuves numériques — pourraient ouvrir la porte à des abus. Elles appellent les signataires à garantir que la mise en œuvre nationale inclue une supervision rigoureuse, de la transparence et des mécanismes de recours juridiques.
Les étapes suivantes vers la mise en œuvre
Pour le Maroc, la signature du traité n’est que le début d’un long parcours. Le pays doit désormais ratifier le traité via son système législatif et prendre des mesures pour opérationnaliser ses dispositions dans les pratiques locales des forces de l’ordre et de la justice. Les acteurs des secteurs public et privé auront un rôle à jouer — de la mise à jour des protocoles de cybersécurité à la formation des experts juridiques aux procédures transfrontalières de preuves électroniques.
Cet effort vise autant à favoriser la confiance mondiale qu’à protéger les intérêts nationaux. À mesure que le Maroc se connecte toujours plus au monde numérique, sa participation à la définition et à l’engagement dans des normes cybernétiques globales témoigne d’une volonté d’affronter les menaces non pas par des murs, mais par des fils de coopération et une responsabilité tissée.




